
À malin, malin et demi. La riposte de l'UMP à l'offensive de Martine Aubry en faveur de la régularisation
des immigrés clandestins «exploités» a été mise au point à l'Élysée, lundi matin. «On a une chance folle que Martine Aubry ait remis sur la
table la régularisation des sans-papiers», a expliqué Nicolas Sarkozy à ses lieutenants, en leur demandant d'«y aller à fond la caisse» sur ce terrain. Le président est conscient
depuis plusieurs semaines de la nécessité de renouer d'ici aux régionales avec les thèmes qui ont fait le succès de sa campagne présidentielle. D'où le lancement du débat sur l'identité
nationale, qui, comme il le prévoyait, a semé la discorde à gauche. Ce qu'il n'osait espérer, c'est que les socialistes, sur leur lancée, aillent jusqu'à prôner le retour à une politique
condamnée en son temps par une majorité de Français.
Le danger, pour l'UMP, c'est que le Front national, déjà en mesure de se maintenir
au second tour dans au moins huit régions, selon les sondages, soit au final le principal bénéficiaire
de la stratégie du PS. Outre la régularisation des sans-papiers, Martine Aubry a agité un autre chiffon rouge devant l'électorat FN en souhaitant que les homosexuels
puissent se marier et adopter des enfants.
«Nous n'avons, nous, jamais instrumentalisé l'extrême droite comme l'ont fait à une époque, et ils s'en sont vantés, certains socialistes», a remarqué Xavier Bertrand lundi sur
RMC. Le secrétaire général de l'UMP a jugé «honteux» le discours de Martine Aubry. Il a approuvé le projet Besson-Darcos visant à «durcir les
sanctions» contre les entreprises employant des immigrés en situation irrégulière, en rappelant la volonté du gouvernement d'être «intraitable avec l'immigration clandestine» : «Il n'est
pas question d'assouplir les règles de régularisation. Toutes les personnes qui sont ici sans titres, sans papiers, qui sont entrées clandestinement, doivent être renvoyées, c'est la seule
façon de réussir la parfaite intégration de ceux qui sont sur notre territoire normalement.»
Le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre a renchéri en affirmant que se servir de la question de l'immigration était «un grand classique des socialistes à la veille des élections». Il a aussi
regretté que les socialistes français n'aient pas tiré les mêmes «leçons» que leurs homologues européens des conséquences des régularisations massives.
Éric Besson, de son côté, a rectifié le tir. Alors que, dimanche, il avait traité les déclarations de Martine Aubry par le mépris, demandant de la «bienveillance» pour une première secrétaire
du PS dont le discours «n'intéresse quasiment personne, même pas dans son parti, même pas à gauche», il a publié lundi un communiqué dénonçant la «dérive inquiétante du PS». L'ancien député
socialiste a exhumé une déclaration de Jean-Pierre Chevènement quand, ministre dans le même gouvernement que Martine Aubry, il fustigeait «les tenants des papiers pour tous», alors majoritaires
à gauche. «Ils auraient tôt fait de ruiner les acquis sociaux de notre pays tout en poussant les couches populaires vers l'extrême droite», disait Chevènement.
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